16/06/2008

Les champs de pierre

Cher frère,

Ici les environs ne s’abandonnent pas. Nous sommes dans nos racines imprégnées de terre sèche, sous les vents glaciaux qui flétrissent nos feuilles. Dans les collines le soleil accroupi a perdu son regard et l’horizon ne contemple qu’un petit pied de vigne.

Ici les environs ne m’abandonnent pas. Leurs souvenirs m’enferment dans un instant figé où rien n’arrive et où tout recommence à jamais. Seul le bois gelé de mon écorce et les brumes colorées qui flottent au fond des champs témoignent du temps qui passe.

Ici les environs ne t’abandonnent pas. Tu n’atteindras pas le ciel de tes rêves et je ne serai pour toi qu’une sœur immobile. Vois les trous de l’univers et leurs faims impatientes. Déjà ils engloutissent le jaune et empoisonnent le raisin de mes branches.
   
Ici les environs de l’abandonne pas. Mère attend toujours l’océan silencieux et les grands espaces que tu lui a promis. Elle s’accroche au rocher, là où tu as grandi. Elle espère ton bonheur au-delà des collines. Ne reviens pas. Trouve ailleurs ton soleil et fructifie ta vigne. 

(LES BRIQUES)

26/05/2008

Mon homme

Mon homme. Il a les mains fines et de longs doigts fragiles, et le visage gracieux d’un enfant endormi. Il arrive en retard et déballe son violon. Il nous salut doucement d’un petit regard tendre, mais si ses yeux m’atteignent ils me crèvent le ventre. Je baisse la tête en serrant fort ma harpe.


Mon homme. Il lit sa partition absorbé par ses rêves. Il se tait tout le long et respire sa musique. Insensible au poids de ma détresse. Mes désirs le caressent, ma chaleur le transperce, mais sa peau pâle et froide détourne ma tendresse.
 

Mon homme. Les soupirs de son archet se prolongent sur les murs et je vois tout autour les larmes de sa musique. Il me montre doucement son âme qui cajole, il me porte dans l’air comme une vibration. Je suffoque en-dedans, j’aimerais entrer en lui. Il écarte mes peurs et me donne son souffle.


Mon homme. Je l’attends chaque soir dans le vent de la porte en pensant à des phrases que je ne saurai dire. Dans la rue il fait noir, les passant vivent et marchent, moi je guette l’instant d’une silhouette longue. Il arrive en silence en tenant son violon. Il me voit quand il sort et me sourit enfin.


Mon homme. Nous marchons en silence dans les lumières jaunes, puis il glisse des mots comme des perles froides. Nous marchons côte à côte sur les trottoirs humides; mes phrases sont coincées dans le fond de ma gorge. Je marche dans sa bulle mais le vent de la nuit lui sèche le fond des yeux.


Mon homme. Il arrive à sa porte et je suis épuisée. Il me fait une bise et monte l’escalier. Les murs de l’immeuble m’enferment loin de lui, la lune au fond des cieux est moins seule que moi. Il embrasse sa femme et partage son repas. La musique s’éteint et je pense : « A demain ».

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18/05/2008

Comptine sous la pluie

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Pluie d’avril et lèvres sèches
Ta main tiède que je presse
Qui es-tu ? Souris-tu ?
Perdons-nous dans les rues fraîches.

Retiens-moi la pluie des cieux
Un peu d’eau sur tes cheveux
Me vois-tu ? M’entends-tu ?
Je t’emporte au fond des yeux.

Ne pars pas je suis jaloux
La pluie coule sur ma joue
Me prends-tu ? Restes-tu?
Je suis seul au fond d’un trou.

Viens vers moi le parc est vide
Mes pieds froids dans l'herbe humide
Où vas-tu ? Rentres-tu ?
Ton amour n'est pas solide.

12/05/2008

Pêcheur d'illusions

Pauvre marin perdu loin de ta frêle attache
Tu crèves sur la mer, brulé par le soleil
Tous les matins pourtant tu te mets à la tâche
Comme si dans la soirée tu allais voir Marseille

Elles rigolent bien les poissonnières du port
Elles aiment la sardine que les chaluts ramassent
Penses-tu qu'elle s'émeut de tes petits transports ?
Tu ne peux rien garder dans les trous de ta nasse.

Petit marin perdu dans ta mer de nuages
Tu ne sais plus pêcher que le vent de tes rêves
Mets ton cœur de côté et repars à la nage
Il est temps de rentrer s'allonger sur la grève.

30/03/2008

Demain... ou un autre jour

J’ai longtemps vécu auprès de ton absence,
dans l’attente d’un signe que tu ne faisais pas.
Le flux de tes questions s’est vidé dans le sable
et ne laisse devant moi que des horizons plats.

J’attrape des moments, mais le souvenir s’étiole.
Les images sont parties très loin de la surface.
Il reste un sentiment qui paraît mensonger,
quelques plantes vivaces dans un désert aride.

Sous le sol une étoile éclaire d’autres cavernes.
Ici le téléphone se peuple de hasards.
A chaque bruit je crois entendre
et ma poche est sensible à toute palpitation.

Tu reviens toujours dans un jardin en friche
affamé et docile, portant le poids des heures.
De nouvelles questions, de nouvelles images,
et les fleurs qui s’ouvrent s’abreuvent enfin de toi.

21/02/2008

Marcher parmi les pierres

Marcher parmi les pierres
sauter toutes les clôtures
tendre les bras au ciel
patauger dans l’eau claire.

Inspirer un air frais
revenir en arrière
Ecarter des souvenirs
Etouffer une parole. 

Retrouver un instant
te revoir sur un banc
s’appuyer contre un arbre
commencer une lettre.

Attendre encore un peu
revenir en arrière
écrire une nouvelle fois
porter une émotion.

Respirer par le ventre
explorer le passé
ramener la beauté
trouver un mot sincère.

Se rappeler d’un parfum
revenir en arrière
inventer une réponse
mesurer la distance

Refaire trois fois une phrase
s’asseoir sur un rocher
adopter une envie
poser des mots sur toi.

Ignorer la campagne
revenir en arrière
oublier l’horizon
monter sur la colline.

Penser cent fois en vain
m’allonger au soleil
contempler la vallée
espérer un nuage.

Caresser l’herbe tendre
revenir en arrière
saisir un argument
discuter avec toi. 

Soulever un caillou
chercher une vraie raison
chiffonner un papier
se hâter d’oublier.

03/02/2008

Le front contre la vitre

Le front contre la vitre
Les bras dans les barreaux
Les pieds entre deux mondes

Nausée des sentiments
Ventre plein de discours
Le cou entre deux chaînes

Rêves encombrés d’attentes
Espoirs chargés d’histoires
La tête éparpillée

Partir ou bien rester ?
Rester sans être là ?
Quitter pour fuir encore ?

Je rêve d’être un arbre
Planté haut dans le ciel
Un arbre qui est là

Là où sont ses racines
Un arbre dont les branches
Peuvent aller où elles veulent

27/01/2008

Ne regarde pas

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Ne regarde pas, petite, celui qu’on ne voit pas. Il est déjà beaucoup trop loin de toi, dans un puits aux murs blancs, dans ses froides pensées qui décorent des papiers. Il ne pose les yeux que sur son stylo aigre et n’a pour horizon que le bout de ses doigts.

N’écoute pas, petite, celui qu’on n’entend pas. Il a beaucoup crié à l’univers des formules absurdes qui pèsent dans les crânes. Maintenant il n'a plus que des gribouillis de mots qu’on déchire en soufflant.

Ne touche pas, petite, celui qui est parti. Il a depuis longtemps son corps incrusté dans les murs du néant. Ses mains sont figées dans la pierre et se sont à jamais détournées de la chaleur humaine.

Ne pense pas, petite, à celui qui est absent. Les souvenirs qu’il laisse sont des arbres égarés en hiver qui ne porteront jamais les fruits qu’ils te promettent. La sève ne coule plus dans ses rêves éteints même s’il s’habille encore d’un passé déchiré.

Eloigne-toi, petite, des promesses sans avenir. Il a déjà marché le long des illusions, il a déjà vieilli en se frottant aux murs. Il a mangé du sable en creusant dans la terre. Reste donc où tu es et contemple la mer.

26/12/2007

Les petits papiers

Sous ton frêle visage des kilomètres de fils emmêlés.
Sous ta chevelure lisse les mêmes histoires que tu abîmes en
                                                                          [frottant
Dans ta mémoire, le courant d’air que tu retiens
Comme un bonbon salé

Tes années tamisées par le sable
Tes secrets soufflés dans un nuage
Se sont égarés entre deux montagnes creuses

Pourquoi retiens-tu tes doigts sur le soupir d’un passant ?
Que cherchent à embrasser tes lèvres desséchées par le
                                                                          [givre ?
Où marchent donc tes pas en cercle ?
Quel infini voudrais-tu attendre en dormant ?

Ton ombre a laissée une trace sur mon regard
Et je vois parfois des sentiments flotter près de moi
Un peu de buée s’arrête sur la vitre
Et je reprends ma course

Personne ne retient ce qui n’existe plus
Personne n’attend les moments qui n’auront jamais lieu
Et pourtant tu t’approches souvent près du vide
Et tu étales ta vie sur des petits papiers

28/09/2007

Les vagues

Les vagues m’ont jeté sur le rivage étrange
D’une île abandonnée loin de ton continent
Cherchant dans ses jardins le souvenir des anges
Je titube au hasard de cailloux en statues

Si je vois sur tes lèvres un sourire fragile
Je me dis qu’après tout l’océan est étroit
J’aimerais amener ton regard sur mon île
Assouplir les cailloux, réchauffer les statues

Sauras-tu avec moi te poser sur un banc
Reconnaître les âmes et parler aux statues ?
Mais tes yeux sont fixés sur un horizon blanc
Et mon île est cachée de dociles parois.

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