27/01/2008
Ne regarde pas

Ne regarde pas, petite, celui qu’on ne voit pas. Il est déjà beaucoup trop loin de toi, dans un puits aux murs blancs, dans ses froides pensées qui décorent des papiers. Il ne pose les yeux que sur son stylo aigre et n’a pour horizon que le bout de ses doigts.
N’écoute pas, petite, celui qu’on n’entend pas. Il a beaucoup crié à l’univers des formules absurdes qui pèsent dans les crânes. Maintenant il n'a plus que des gribouillis de mots qu’on déchire en soufflant.
Ne touche pas, petite, celui qui est parti. Il a depuis longtemps son corps incrusté dans les murs du néant. Ses mains sont figées dans la pierre et se sont à jamais détournées de la chaleur humaine.
Ne pense pas, petite, à celui qui est absent. Les souvenirs qu’il laisse sont des arbres égarés en hiver qui ne porteront jamais les fruits qu’ils te promettent. La sève ne coule plus dans ses rêves éteints même s’il s’habille encore d’un passé déchiré.
Eloigne-toi, petite, des promesses sans avenir. Il a déjà marché le long des illusions, il a déjà vieilli en se frottant aux murs. Il a mangé du sable en creusant dans la terre. Reste donc où tu es et contemple la mer.
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31/12/2007
La rivière
Les kilomètres de rivières n’ont pas regretté les abîmes et je ne revois ni les stalactites ni les fournaises du néant. Parfois, je perds des larmes dans les herbes hautes mais la rivière traverse la savane.
Dans les montagnes englouties se trouve une petite caverne où les sons mélodieux ne meurent jamais où l’écho perpétuel danse en harmonie où la mousse suave des lichens entravés serre, comme un bâillement, une pépite de douleur.
Le courant m’entraîne plus vite sous le ciel. Au-dehors, le silence se répand comme les flammes, attisé par le vent clair et froid des foules citadines. Les maisons étroites aux terrasses effritées ne brandissent que des murs écorchés à la face du ciel. Et dans ce vide, ce silence, dans la clarté du matin, une jeune fille accroupie pleure sur un bouquet de roses. Moi, je caresse ses cheveux et je prie en respirant l’odeur du vent.
La suie brûlante des tumultes se répand sur la terre partout autour de moi ; elle s’engouffre dans les failles et trouve les abîmes. Dans le regard de ma mère il n’y a plus que la source des rivières et ses stalactites sales qui pendent dans le néant. Je rêve de volcans et de la lumière dorée des flammes, mais le soir j’entends souvent des sanglots brefs comme des éclats de verre.
Les rivières défilent dans les roches brillantes. Et je me retrouve seul sur mon île, au milieu de cent roses fanées. A mes côtés une vieille avec un sourire d’enfant m’embrasse sur la joue. Je sais que j’ai vécu heureux dans la caverne fraîche où coulent les rivières et je m’en vais à présent rejoindre les abîmes.
12:41 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27/12/2007
Notre Epoque
Les enfants qui n’ont pas de souvenirs
Les idiots qui admirent les étoiles
Les amants dans leur chambre aux murs lisses
Ceux qui accumulent des cailloux poisseux
Ceux qui écrivent des histoires au présent
Ceux qui poussent la rivière dans le sens du courant
La fourmi besogneuse dans sa colonie
La louve nourricière qui surveille ses petits
La patiente araignée qui tisse chaque matin
Le soldat qui massacre pour sa cause
L’intello qui discourt sur ses chaînes
Le petit roi qui règne sur un miroir
Les soupirs qui s’achètent au nom du marketing
Les idoles qu’on vénère dans le bruit du moment
Le chœur qui résonne dans les cathédrales de plâtre
Ne cherche pas l’instant, il se noie chaque soir dans le tumulte
On les lance à la chaine en pâture aux cerveaux rassasiés
Heureux soient les enfants, les idiots, les amants
Heureuse l’araignée chaque jour à sa tâche.
05:00 Publié dans Autres poèmes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

