04/11/2008

Le jeu du silence

Ne reviens pas pour dire
ne parle plus
tais-toi.
Laisse-moi respirer le temps de ta présence
N’ouvre pas tes valises
Ne pose pas tes questions
Je suis rouillé d’absence
Et plein de pensées grises

J’ai perdu mes attentes
A force d’espérer
Chaque heure était trop lente
Je voulais tant donner
Qu’à présent je voudrais
Avec toi, allongés,
Je veux me prolonger
Un instant de silence

Clos les yeux
pose-toi
Emmène-moi au creux d’un songe
Oublie la terre, oublie le froid
Ouvre la caresse des cieux
Ma peau avide
Loin des mensonges
Me donne le temps d’être vide

18/05/2008

Comptine sous la pluie

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Pluie d’avril et lèvres sèches
Ta main tiède que je presse
Qui es-tu ? Souris-tu ?
Perdons-nous dans les rues fraîches.

Retiens-moi la pluie des cieux
Un peu d’eau sur tes cheveux
Me vois-tu ? M’entends-tu ?
Je t’emporte au fond des yeux.

Ne pars pas je suis jaloux
La pluie coule sur ma joue
Me prends-tu ? Restes-tu?
Je suis seul au fond d’un trou.

Viens vers moi le parc est vide
Mes pieds froids dans l'herbe humide
Où vas-tu ? Rentres-tu ?
Ton amour n'est pas solide.

12/05/2008

Pêcheur d'illusions

Pauvre marin perdu loin de ta frêle attache
Tu crèves sur la mer, brulé par le soleil
Tous les matins pourtant tu te mets à la tâche
Comme si dans la soirée tu allais voir Marseille

Elles rigolent bien les poissonnières du port
Elles aiment la sardine que les chaluts ramassent
Penses-tu qu'elle s'émeut de tes petits transports ?
Tu ne peux rien garder dans les trous de ta nasse.

Petit marin perdu dans ta mer de nuages
Tu ne sais plus pêcher que le vent de tes rêves
Mets ton cœur de côté et repars à la nage
Il est temps de rentrer s'allonger sur la grève.

21/02/2008

Marcher parmi les pierres

Marcher parmi les pierres
sauter toutes les clôtures
tendre les bras au ciel
patauger dans l’eau claire.

Inspirer un air frais
revenir en arrière
Ecarter des souvenirs
Etouffer une parole. 

Retrouver un instant
te revoir sur un banc
s’appuyer contre un arbre
commencer une lettre.

Attendre encore un peu
revenir en arrière
écrire une nouvelle fois
porter une émotion.

Respirer par le ventre
explorer le passé
ramener la beauté
trouver un mot sincère.

Se rappeler d’un parfum
revenir en arrière
inventer une réponse
mesurer la distance

Refaire trois fois une phrase
s’asseoir sur un rocher
adopter une envie
poser des mots sur toi.

Ignorer la campagne
revenir en arrière
oublier l’horizon
monter sur la colline.

Penser cent fois en vain
m’allonger au soleil
contempler la vallée
espérer un nuage.

Caresser l’herbe tendre
revenir en arrière
saisir un argument
discuter avec toi. 

Soulever un caillou
chercher une vraie raison
chiffonner un papier
se hâter d’oublier.

03/02/2008

Le front contre la vitre

Le front contre la vitre
Les bras dans les barreaux
Les pieds entre deux mondes

Nausée des sentiments
Ventre plein de discours
Le cou entre deux chaînes

Rêves encombrés d’attentes
Espoirs chargés d’histoires
La tête éparpillée

Partir ou bien rester ?
Rester sans être là ?
Quitter pour fuir encore ?

Je rêve d’être un arbre
Planté haut dans le ciel
Un arbre qui est là

Là où sont ses racines
Un arbre dont les branches
Peuvent aller où elles veulent

27/12/2007

Notre Epoque

Les enfants qui n’ont pas de souvenirs
Les idiots qui admirent les étoiles
Les amants dans leur chambre aux murs lisses

Ceux qui accumulent des cailloux poisseux
Ceux qui écrivent des histoires au présent
Ceux qui poussent la rivière dans le sens du courant

La fourmi besogneuse dans sa colonie
La louve nourricière qui surveille ses petits
La patiente araignée qui tisse chaque matin

Le soldat qui massacre pour sa cause
L’intello qui discourt sur ses chaînes
Le petit roi qui règne sur un miroir

Les soupirs qui s’achètent au nom du marketing
Les idoles qu’on vénère dans le bruit du moment
Le chœur qui résonne dans les cathédrales de plâtre

Ne cherche pas l’instant, il se noie chaque soir dans le tumulte
On les lance à la chaine en pâture aux cerveaux rassasiés
Heureux soient les enfants, les idiots, les amants
Heureuse l’araignée chaque jour à sa tâche.

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28/09/2007

Les vagues

Les vagues m’ont jeté sur le rivage étrange
D’une île abandonnée loin de ton continent
Cherchant dans ses jardins le souvenir des anges
Je titube au hasard de cailloux en statues

Si je vois sur tes lèvres un sourire fragile
Je me dis qu’après tout l’océan est étroit
J’aimerais amener ton regard sur mon île
Assouplir les cailloux, réchauffer les statues

Sauras-tu avec moi te poser sur un banc
Reconnaître les âmes et parler aux statues ?
Mais tes yeux sont fixés sur un horizon blanc
Et mon île est cachée de dociles parois.

05/09/2007

Bucolique

Une prairie s’envole sur le mur du salon
Une herbe folle s’attache au pied du canapé
Une bulle de sommeil m’a écartée d’hier
Et pourtant je surveille ton souvenir de brume

Ton image agitée colle sur le ruisseau
Mais des saumons sauvages remontent l’escalier
Du haut des grands lambris, en ces neiges éternelles
Ton regard triste et gris flotte comme un nuage

J’ai tiré les rideaux d’une forêt serrée
Découvrant ton radeau sur les carrelages gelés
Mais le cochon m’épargne, assis comme un buffet
Il murmure de toi ce morceau de campagne.

 

05/06/2005

Stylo bleu

Stylo bleu
bleu sans ciel
ciel sous verre
vers plus loin.

Loin de tout
toute vie
vide et boit
boit plus pauvre.

Pauvre hélas !
las d'attendre
tendre un fil
filer loin.

Loin plus vert
ver sous ciel
ciel sans bleu
bleu stylo.

26/05/2005

La nuit seule

Dans ce pays étroit ou les rêves se reposent
Je ne rencontre jamais que des visages de plâtre
Que des mains froides et des corps lisses

Mes amis s’inventent depuis le fond d’un lit
Mes souvenirs se puisent dans les livres d’histoire
Et je respire mes amours dans le vent de la nuit

Il y a dans chaque bouffée une larme retenue
Un coin de ciel brisé par un rayon du jour
La seconde de parfum d’une belle inconnue

Elle est passée hier dans une rue, dans une ville
Elle a trouvé une ombre sous un arbre centenaire
Elle a laissé derrière un peu de nostalgie

Je me retourne.
Les immeubles se dressent dans un ciel sans étoile.
Les routes crissent et vrombissent se mêlent et s’entrecroisent
L’air a une odeur d’essence
Et des murs silencieux couvrent les horizons.

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