16/06/2008

Les champs de pierre

Cher frère,

Ici les environs ne s’abandonnent pas. Nous sommes dans nos racines imprégnées de terre sèche, sous les vents glaciaux qui flétrissent nos feuilles. Dans les collines le soleil accroupi a perdu son regard et l’horizon ne contemple qu’un petit pied de vigne.

Ici les environs ne m’abandonnent pas. Leurs souvenirs m’enferment dans un instant figé où rien n’arrive et où tout recommence à jamais. Seul le bois gelé de mon écorce et les brumes colorées qui flottent au fond des champs témoignent du temps qui passe.

Ici les environs ne t’abandonnent pas. Tu n’atteindras pas le ciel de tes rêves et je ne serai pour toi qu’une sœur immobile. Vois les trous de l’univers et leurs faims impatientes. Déjà ils engloutissent le jaune et empoisonnent le raisin de mes branches.
   
Ici les environs de l’abandonne pas. Mère attend toujours l’océan silencieux et les grands espaces que tu lui a promis. Elle s’accroche au rocher, là où tu as grandi. Elle espère ton bonheur au-delà des collines. Ne reviens pas. Trouve ailleurs ton soleil et fructifie ta vigne. 

(LES BRIQUES)