26/05/2008
Mon homme
Mon homme. Il a les mains fines et de longs doigts fragiles, et le visage gracieux d’un enfant endormi. Il arrive en retard et déballe son violon. Il nous salut doucement d’un petit regard tendre, mais si ses yeux m’atteignent ils me crèvent le ventre. Je baisse la tête en serrant fort ma harpe.
Mon homme. Il lit sa partition absorbé par ses rêves. Il se tait tout le long et respire sa musique. Insensible au poids de ma détresse. Mes désirs le caressent, ma chaleur le transperce, mais sa peau pâle et froide détourne ma tendresse.
Mon homme. Les soupirs de son archet se prolongent sur les murs et je vois tout autour les larmes de sa musique. Il me montre doucement son âme qui cajole, il me porte dans l’air comme une vibration. Je suffoque en-dedans, j’aimerais entrer en lui. Il écarte mes peurs et me donne son souffle.
Mon homme. Je l’attends chaque soir dans le vent de la porte en pensant à des phrases que je ne saurai dire. Dans la rue il fait noir, les passant vivent et marchent, moi je guette l’instant d’une silhouette longue. Il arrive en silence en tenant son violon. Il me voit quand il sort et me sourit enfin.
Mon homme. Nous marchons en silence dans les lumières jaunes, puis il glisse des mots comme des perles froides. Nous marchons côte à côte sur les trottoirs humides; mes phrases sont coincées dans le fond de ma gorge. Je marche dans sa bulle mais le vent de la nuit lui sèche le fond des yeux.
Mon homme. Il arrive à sa porte et je suis épuisée. Il me fait une bise et monte l’escalier. Les murs de l’immeuble m’enferment loin de lui, la lune au fond des cieux est moins seule que moi. Il embrasse sa femme et partage son repas. La musique s’éteint et je pense : « A demain ».

11:50 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie, poèmes


Ecrire un commentaire