31/12/2007

La rivière

Les kilomètres de rivières n’ont pas regretté les abîmes et je ne revois ni les stalactites ni les fournaises du néant. Parfois, je perds des larmes dans les herbes hautes mais la rivière traverse la savane.

Dans les montagnes englouties se trouve une petite caverne où les sons mélodieux ne meurent jamais où l’écho perpétuel danse en harmonie où la mousse suave des lichens entravés serre, comme un bâillement, une pépite de douleur.

Le courant m’entraîne plus vite sous le ciel. Au-dehors, le silence se répand comme les flammes, attisé par le vent clair et froid des foules citadines. Les maisons étroites aux terrasses effritées ne brandissent que des murs écorchés à la face du ciel. Et dans ce vide, ce silence, dans la clarté du matin, une jeune fille accroupie pleure sur un bouquet de roses. Moi, je caresse ses cheveux et je prie en respirant l’odeur du vent.

La suie brûlante des tumultes se répand sur la terre partout autour de moi ; elle s’engouffre dans les failles et trouve les abîmes. Dans le regard de ma mère il n’y a plus que la source des rivières et ses stalactites sales qui pendent dans le néant. Je rêve de volcans et de la lumière dorée des flammes, mais le soir j’entends souvent des sanglots brefs comme des éclats de verre.

Les rivières défilent dans les roches brillantes. Et je me retrouve seul sur mon île, au milieu de cent roses fanées. A mes côtés une vieille avec un sourire d’enfant m’embrasse sur la joue. Je sais que j’ai vécu heureux dans la caverne fraîche où coulent les rivières et je m’en vais à présent rejoindre les abîmes.

27/12/2007

Notre Epoque

Les enfants qui n’ont pas de souvenirs
Les idiots qui admirent les étoiles
Les amants dans leur chambre aux murs lisses

Ceux qui accumulent des cailloux poisseux
Ceux qui écrivent des histoires au présent
Ceux qui poussent la rivière dans le sens du courant

La fourmi besogneuse dans sa colonie
La louve nourricière qui surveille ses petits
La patiente araignée qui tisse chaque matin

Le soldat qui massacre pour sa cause
L’intello qui discourt sur ses chaînes
Le petit roi qui règne sur un miroir

Les soupirs qui s’achètent au nom du marketing
Les idoles qu’on vénère dans le bruit du moment
Le chœur qui résonne dans les cathédrales de plâtre

Ne cherche pas l’instant, il se noie chaque soir dans le tumulte
On les lance à la chaine en pâture aux cerveaux rassasiés
Heureux soient les enfants, les idiots, les amants
Heureuse l’araignée chaque jour à sa tâche.

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26/12/2007

Les petits papiers

Sous ton frêle visage des kilomètres de fils emmêlés.
Sous ta chevelure lisse les mêmes histoires que tu abîmes en
                                                                          [frottant
Dans ta mémoire, le courant d’air que tu retiens
Comme un bonbon salé

Tes années tamisées par le sable
Tes secrets soufflés dans un nuage
Se sont égarés entre deux montagnes creuses

Pourquoi retiens-tu tes doigts sur le soupir d’un passant ?
Que cherchent à embrasser tes lèvres desséchées par le
                                                                          [givre ?
Où marchent donc tes pas en cercle ?
Quel infini voudrais-tu attendre en dormant ?

Ton ombre a laissée une trace sur mon regard
Et je vois parfois des sentiments flotter près de moi
Un peu de buée s’arrête sur la vitre
Et je reprends ma course

Personne ne retient ce qui n’existe plus
Personne n’attend les moments qui n’auront jamais lieu
Et pourtant tu t’approches souvent près du vide
Et tu étales ta vie sur des petits papiers

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