19/06/2006
Le sommeil de l'être

Quand je te vois dormir, quand j’entends ton souffle, je sais qu’il y a en toi mille paysages sous le ciel d’Uranus, un million de gouffres et une forêt de hêtres. Tu as une mer orange au creux de ton nombril et cinq cent trente dunes sur la peau de ton ventre.
Quand je te vois dormir les formes se décomposent et toutes les lignes se courbent. Il ne reste qu’un peu de couleurs qui se mêlent à ta chair floue. La peau de tes paupières est faite de champs de bataille où des soldats perdus ont rêvé de mourir. Tu as dans un battement de cil une armée qui s’incline. Et des crêtes s’installent au fond de ton regard.
Quand je te vois dormir, je veux prendre dans mes mains les reflets de tes lèvres et en remplir les lacs qui sèchent sous le ciel. Je veux tracer sur l’horizon la courbe de ton menton, je veux la posséder comme une ligne absente, la garder près de moi dans la fureur des vagues.
Quand je te vois dormir, je sais que demain ne sera pas très long. Je sais qu’un souffle de toi existe dans l’univers et qu’il accompagne le verre brisé des mondes sans forme. Je n’ai plus à attendre ni même à réparer. Je me contente de l’instant; un instant qui dure comme un arbre qui baille. Un soupir éternel, un souffle dans mon rêve.
Quand je te vois dormir, je retrouve une sphère qui flotte dans l’espace et dans laquelle sont enfouis les secrets de mes larmes. Une comptine, un poème, une image enfantine, un million de pics au fond des altitudes, dans les solitudes figées baignées d’un soleil froid. Le monde, ma terre, les cratères de Pluton se mélangent à ton corps qui respire en silence, dans sa forêt de hêtres, quand je te vois dormir.
18 juin 2005
11:25 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poèmes


Ecrire un commentaire