26/05/2005
La nuit seule
Dans ce pays étroit ou les rêves se reposent
Je ne rencontre jamais que des visages de plâtre
Que des mains froides et des corps lisses
Mes amis s’inventent depuis le fond d’un lit
Mes souvenirs se puisent dans les livres d’histoire
Et je respire mes amours dans le vent de la nuit
Il y a dans chaque bouffée une larme retenue
Un coin de ciel brisé par un rayon du jour
La seconde de parfum d’une belle inconnue
Elle est passée hier dans une rue, dans une ville
Elle a trouvé une ombre sous un arbre centenaire
Elle a laissé derrière un peu de nostalgie
Je me retourne.
Les immeubles se dressent dans un ciel sans étoile.
Les routes crissent et vrombissent se mêlent et s’entrecroisent
L’air a une odeur d’essence
Et des murs silencieux couvrent les horizons.
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04/05/2005
Le lac des cygnes
A vrai dire, elle n'a jamais vu de cygne sur le lac, et il n'y en a sans doute jamais eu. Mais elle aurait tant aimé les voir glisser sur l'eau sombre entre les feuilles jaunies. Leur blancheur qui contraste avec les mornes journées d'automne, leur pureté, leur présence, rassurant ses pensées.
Elle revient pourtant chaque jour espérer.
Elle attend, le livre à la main, que son histoire commence. Elle est attentive au moindre signe de sa présence. Elle reste une demi heure ou plus à se demander si cela n'arrivera jamais. Puis elle rentre, seule, pour revenir le lendemain.
Aujourd'hui aussi elle est allée prés du lac des cygnes. La journée de novembre est maussade. Le ciel couvert rend les lieux sombres, sinistres. Elle s'est vêtue chaudement. Devant elle un étang presque noir, des arbres sans vie, presque gris. L'endroit semble désert et silencieux; même les oiseaux qui d'ordinaire chantent, se sont tus. Seules les feuilles froides et humides bruissent encore sous ses pas.
Elle sent cependant que c'est en ce jour, en ce lieu, qu'il doit arriver. Viendra-t-il vraiment ? Les cygnes n'ont pas encore paru ; c'est un mauvais présage. Comment peuvent-ils se rencontrer sans les cygnes ? Il doit y avoir des cygnes. Seulement ils se sont peut-être envolés vers d'autres espaces, étangs plus limpides. Ou alors ils se cachent dans la forêt de l'autre côté du lac. Ou derrière l'île. Ils ne vont pas tarder. Elle n'a qu'à patienter.
Elle s'assied sur les feuilles et s'adosse à un tronc. Calmement, elle pense. Que fera-t-elle quand Hermann arrivera ? Elle rêve. Elle le voit venir dans son habit sombre. Son visage, pâle, s'approche du sien. Ses yeux noirs et profonds la regardent. Elle tremble. Elle ferme les yeux pour mieux sentir sa présence, mais la morsure du froid la réveille.
Les cygnes ne sont toujours pas là et elle commence à s'en inquiéter. Elle ne sent aucune manifestation de vie. Le lac semble gelé. Quelles peuvent être les raisons de cette absence ? La crainte ? Peut-être. Si au moins elle trouvait une barque pour aller voir de l'autre côté de l'île, ou de ce qui semble en être une. Dans le livre, Hermann va souvent sur son île. Dans l’histoire, c'est là qu'ils se sont rencontrés pour la première fois. C'est là qu'elle devrait le rejoindre. Hélas, il n'y a pas de barque pour aller sur l’île.
Mais maintenant elle a froid. Porter les mains à sa bouche ne la réchauffe plus. C’est absurde ! Elle est là, à attendre quelque chose qui n'arrivera jamais. Jamais il n’y a eu de cygne sur dans ce lac; il n'y a personne dans ce parc. C'est bientôt l'hiver. Elle est seule. Elle restera seule encore aujourd'hui. Pourquoi changer quelque chose à la route droite de sa vie ? Hermann retournera à son livre, les cygnes retourneront dans sa tête. Elle s’en retournera chez elle, à l’abri d’un foyer chaleureux et silencieux.
C'est alors que derrière elle, elle croit entendre un pas...
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