24/02/2005
LA ROUTE DE MOSTAR
Officiellement la Bosnie commence là où la Croatie s'arrête. Mais lorsque nous avons franchi le poste frontière, non seulement nous n'étions pas entrés en Bosnie, mais en plus le paysage s'était "croatisé". De toutes les frontières, celle-ci est la seule qui ne présente qu'un seul poste de douane. Notre sortie de Croatie est enregistrée, pas notre entrée en Bosnie. La Bosnie, ça n'existe pas.
Il suffit de suivre la route de Mostar pour s'en persuader. Des villages dépeuplés et fiers arborent les fanions croates à carreaux rouges et blancs. Tendus entre deux façades à l'entrée des villages, ces drapeaux héraldiques avaient servi d'emblème aux fascistes durant la seconde guerre mondiale. Ils décorent désormais chaque rue avec ostentation, semblant lancer un message à la fois aux hommes et au Ciel: "village libéré".
Libéré. C'est avec cette libération et ce petit emblème que tout avait commencé en Croatie. Tudjman avait été élu; son programme c'était la "liberté", la Nation, et le petit blason croate à l'intérieur du drapeau Yougoslave. La guerre avait suivi immédiatement.
Dès la sortie du village, la guerre refait son apparition. Le sol est noir et desséché. La terre brûlée, ce n'est pas seulement une image; une terre en cendre s'étale de part et d'autre de la route, vide de toute culture et de tout arbre. De temps à autres, quatre murs se dressent à moitiés enfoncés. Les maisons n'ont jamais de toit ni de planchers aux étages. Mais la plupart du temps, les façades restent.
Parfois, un panneau publicitaire sur l'un où l'autre côté de la route. Et cette normalité en rajoute à l'absurdité. Au milieu de ce champ de ruine, la route de Mostar est déserte, mais il existe des annonceurs pour faire la promotion d'un appareil photo. C'est vrai que cette année, c'est pour prendre des photos que l'on va à Mostar.
Lorsqu'un village n'est pas "croatisé", c'est qu'il est uniquement constitué de maisons mortes, immeubles aux yeux trop clairs dont les façades vides affichent des fenêtres traversées par le ciel. Ces villages sont les cadavres d'un peuple disparu dans un pays qui n'est plus leur. Des cimetières érigés à la va-vite durant la guerre bordent la route.
Vient ensuite un autre bourg croate, un pâté de maison préservé des destructions; quelques hommes sont installés à la terrasse d'un café. Ils nous regardent passer sans faire le moindre geste. Ils savent que nous sommes étrangers, que notre présence ici viole la liberté qu'ils se sont achetée au prix fort.
Mais nombre d'entre eux ne sont même pas issus de cette terre. Ils ont été formés à Zagreb. Lorsque la guerre a éclaté comme ils l'avaient espéré, ils sont venus remplacer ceux que les combats avaient fait fuir. Ils savent que la terre est à ceux qui l'occupent. Alors ils ont sacrifié une partie de leur existence à s'imposer dans le sud de l'Herzégovine. Malgré les traités et les frontières qui leur ont été fixés par la communauté internationale, ils savent au plus profond d'eux-mêmes, que la Croatie sera un "grand pays".
Il suffit de suivre la route de Mostar pour s'en persuader. Des villages dépeuplés et fiers arborent les fanions croates à carreaux rouges et blancs. Tendus entre deux façades à l'entrée des villages, ces drapeaux héraldiques avaient servi d'emblème aux fascistes durant la seconde guerre mondiale. Ils décorent désormais chaque rue avec ostentation, semblant lancer un message à la fois aux hommes et au Ciel: "village libéré".
Libéré. C'est avec cette libération et ce petit emblème que tout avait commencé en Croatie. Tudjman avait été élu; son programme c'était la "liberté", la Nation, et le petit blason croate à l'intérieur du drapeau Yougoslave. La guerre avait suivi immédiatement.
Dès la sortie du village, la guerre refait son apparition. Le sol est noir et desséché. La terre brûlée, ce n'est pas seulement une image; une terre en cendre s'étale de part et d'autre de la route, vide de toute culture et de tout arbre. De temps à autres, quatre murs se dressent à moitiés enfoncés. Les maisons n'ont jamais de toit ni de planchers aux étages. Mais la plupart du temps, les façades restent.
Parfois, un panneau publicitaire sur l'un où l'autre côté de la route. Et cette normalité en rajoute à l'absurdité. Au milieu de ce champ de ruine, la route de Mostar est déserte, mais il existe des annonceurs pour faire la promotion d'un appareil photo. C'est vrai que cette année, c'est pour prendre des photos que l'on va à Mostar.
Lorsqu'un village n'est pas "croatisé", c'est qu'il est uniquement constitué de maisons mortes, immeubles aux yeux trop clairs dont les façades vides affichent des fenêtres traversées par le ciel. Ces villages sont les cadavres d'un peuple disparu dans un pays qui n'est plus leur. Des cimetières érigés à la va-vite durant la guerre bordent la route.
Vient ensuite un autre bourg croate, un pâté de maison préservé des destructions; quelques hommes sont installés à la terrasse d'un café. Ils nous regardent passer sans faire le moindre geste. Ils savent que nous sommes étrangers, que notre présence ici viole la liberté qu'ils se sont achetée au prix fort.
Mais nombre d'entre eux ne sont même pas issus de cette terre. Ils ont été formés à Zagreb. Lorsque la guerre a éclaté comme ils l'avaient espéré, ils sont venus remplacer ceux que les combats avaient fait fuir. Ils savent que la terre est à ceux qui l'occupent. Alors ils ont sacrifié une partie de leur existence à s'imposer dans le sud de l'Herzégovine. Malgré les traités et les frontières qui leur ont été fixés par la communauté internationale, ils savent au plus profond d'eux-mêmes, que la Croatie sera un "grand pays".

19:35 Publié dans Voyage à Sarajevo | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Voyage



Commentaires
Suite de notre voyage à Sarajevo. Ici, notre entrée en Bosnie. J'ai pris cette photo sur mon vélo. Elle est très floue, mais on distingue bien le panneau publicitaire.
Ecrit par : Novemberleaf | 24/02/2005
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