21/02/2005
SARAJEVO 1996
J'ai écris ce texte ci-dessous après un voyage à Sarajevo, en 1996, quelques mois après la fin de la guerre. J'ai eu envie de le mettre. Qu'en pensez-vous ?
J'ai dit à Leila que Sarajevo n'était pas tellement détruite comparé à Mostar, que je pourrais aimer y vivre car les gens sont ouverts. Je lui ai dit que j'aimais bien me promener le soir dans les rues tièdes de la capitale et commander une burek à la viande et au fromage.
Leila m'a dit qu'elle avait subi cette ville pendant près de quatre ans sans pouvoir la quitter. Entre ses murs, elle avait eu faim et froid, elle avait passé de nombreuses journées ensoleillées dans les caves à écouter les bombes. Leila m'a raconté que lorsque la bibliothèque a été touchée, le feu avait duré plusieurs jours, et que la nuit tombée, il semblait éclairer toute la ville.
Puis j'ai dit à quel point j'aimais l'incroyable solidarité qui subsistait entre les gens, ce sentiment que l'étranger avait d'être accueilli et respecté. J'ai dit que je ne m'attendais pas à autant de tolérance de la part de ceux qui avaient subi les atrocités de la guerre. Je lui ai demandé ce qu'elle pensait des intrigues politiques qui avaient engendré les conflits.
Elle m'a dit que les gens avaient prit conscience de la valeur de la vie. Elle m'a dit que sans cette solidarité, il n'y aurait plus personne de vivant, ici. Que chacun avait, à un moment donné, dû mettre son existence entre les mains d'un autre. Elle m'a dit qu'elle ne faisait pas de politique, qu'elle n'en ferait jamais.
J'ai alors demandé à Leila comment elle voyait l'avenir. Je lui ai dit que la reconstruction allait peut-être être difficile, que je n'avais pas vu de grues à Mostar, et qu'ici je voyais plus de militaires que d'ouvriers.
Elle m'a dit qu'elle s'en fichait. Elle m'a dit qu'elle ne faisait pas d'économie non plus. Elle m'a demandé à combien on estimait le prix de pouvoir sentir le soleil. Elle m'a dit que cela faisait plus de quatre ans qu'elle n'était pas partie en vacance. Elle m'a demandé si je connaissais la valeur de la mer, de se baigner, de se promener sans sentir un oeil et un fusil dans son dos.

21:10 Publié dans Voyage à Sarajevo | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Voyage


Commentaires
Je trouve que le "discours rapporté" est très difficile à manier (d'ailleur je m'y suis jamais essayée).
Ici, il est bien maitrisé et bizarrement , cela donne davantage de portée au texte: Cette confrontation entre quelqu'un d'exterieur à la la situation, qui vient "après coups" et cette femme qui était là avant, pendant, après... accentuant la force et la beauté au texte, de cette femme, de cette population peut être....
J'y ressens la chaleur de ces gens de "l'est" avec la froideur de leur pays et de leur histoire. Ce choc "thermique" est ce qui rend fascinant ces pays et leurs habitants à mon gout. Ce texte me rapelle un bref sejour en Republique Tchèque( le contexte etant différent) ... il faisait -30C° et pourtant j'ai rarement eu aussi chaud.
Ecrit par : Amandine | 21/02/2005
Merci pour ton commentaire Amandine.
Ce voyage à Sarajevo c'était beaucoup de contraste chaud / froid. J'ai écrit ce texte un an après ma rencontre avec Leila et j'y ai intégré des choses qu'elle n'avait forcément dites. Mais l'âme y est, comme tu l'as sentie.
Ensuite Leila est partie en vacances, et je ne l'ai plus jamais revue.
J'espère qu'elle se porte bien et qu'elle est heureuse.
Ecrit par : Novemberleaf | 22/02/2005
Quand on "rentre" comme moi dans les récits, c est tres émouvant,par empathie on imagine ce que Leila peur ressentir....
BISOUS SUCRES
Ecrit par : ESTELLE | 24/02/2005
C'est toujours plus fort lorsqu'on "rentre". Tu dois avoir beaucoup de sensibilité Estelle. Mais je n'en doutais pas.
Merci de me lire.
Sans Estelle et Amandine, je ne sais pas trop si je continuerai cette vaine vanité, à étaler mes poèmes.
Ecrit par : Novemberleaf | 24/02/2005
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