14/09/2003
L’académie Nobel crée un prix de pataphysique
Bob, pataphysicien américain spécialiste d'hydraulique informationnelle est le premier lauréat.
Stockholm, de notre envoyé spécial
Il fallait s’y attendre. Depuis des années, le prix Nobel n’intéressait plus personne. Pour Jan Sorensen, directeur de la prestigieuse institution, il était temps de le « restructurer ». « On était au bord du dépôt de bilan, reconnaît le fringant suédois. La science, tout le monde s’en fichait. Le prix Nobel, ça faisait trois lignes dans les journaux et basta ! Comment voulez-vous filer du fric à des gens que personne connaît et en même temps attirer les annonceurs pour financer le machin ?»
Car cela fait des années que l’héritage de M. Nobel a été « dilapidé ». « Oh ! vous savez, tout le monde s’est un peu servi sur l’héritage du vieux, admet un de ses descendants sous couvert d’anonymat, c’est vrai qu’il était un peu con de croire qu’on allait tout donner à des mecs qui font des truc qu’on comprend même pas et dont en plus on n’est même pas sûr que ce soit bien sain ».
Mais au-delà des problèmes financiers, c’est surtout le statut de la science dans nos sociétés modernes et prétendument évoluées qui a entraîné la crise du Nobel. Comment susciter l’intérêt pour un prix qui récompense des « vieux en fin de carrière » qui passent leur temps à palabrer entre eux quand ils ne sont pas tout bonnement « complètement gâteux ». « L’humanité en a marre d’aider une science qui se fiche pas mal de nous », résume Jeannette, employée à la Poste dans une petite ville du Cantal. Comment lui donner tort ? Outre les bombes atomiques, les manipulations génétiques, et les voyages vers un caillou stérile qu’on appelle la lune, que nous a apporté la science ? Le savoir ? « Mais le savoir, c’est vachement dangereux, avoue le Dr. Freeman, prix Nobel de physique. Quand on sait ce qu’on sait, ça fout vraiment les jetons ! Si vous voyiez tous les microbes qui grouillent autour de vous, toutes les particules de radioactivité qui vous traversent à chaque seconde… Non, franchement le savoir, ça vaut vraiment rien ». Bien sûr, la science garde des côtés amusants. « C’est vrai que tout le monde a bien rigolé au labo quand on a greffé une tête de lion sur une feuille de nénuphar » se souvient le Dr. Mabuse, prix Nobel de médecine. « Mais il faut reconnaître que ça coûte un peu cher, ces rigolades… sans compter les accidents. » Les accidents, Joseph Stigez, prix Nobel d’économie, en connaît un bon nombre dû à des confrères peu scrupuleux qui hantent le FMI et la Banque Mondiale. « Nous en économie, ça fait un bail que tout le monde a compris qu’on est des escrocs. Mais comme on nous invite toujours à la télé, on continue à réciter nos conneries pour justifier les mesures de ces imbéciles de politiciens et continuer d’exploiter tous ces gens qui travaillent vraiment. »
Même les prix Nobel de littérature ou les prix Nobel de la paix ne rencontraient plus de succès. « A force d’accorder ces prix prestigieux à des gens du tiers monde qui viennent de pays que personne connaît et qui ont des noms incompréhensibles, plus personne ne s’intéresse à nous et achète nos bouquins », estime Noa N’guyem, la célèbre poétesse somalienne, prix Nobel de littérature. Quant à la paix… Tout le monde sait que c’est un truc « super chiant » et médiatiquement invendable. D’ailleurs, impossible d’interroger un prix Nobel de la paix puisqu’ils sont quasiment tous morts ou en prison, à part Gorbatchev ou Kouchner (qui l’a eu pour « Médecins sans frontière ») mais on ne va tout de même pas interroger ces idiots-là.
Bref, les Nobel eux-même reconnaissent désormais la vacuité de leur prix « dérisoire » et même pas bon à les faire « passer à la téloche » comme tout le monde.
« C’est alors que m’est venue la solution, nous confie Jan Sorensen. Puisque la science est un truc inutile qui emmerde tout le monde, on a voulu créer un prix Nobel vraiment intéressant et amusant. » L’idée était simple et facile à mettre en œuvre, « et en plus ça pouvait rapporter un max ! », s’extasie M. Sorensen. En effet, s’il n’est pas possible de mettre le peuple au niveau de la science, pourquoi ne pas mettre la science au niveau du peuple ? Le concept est à la science ce que la Pop-académie est à la musique, un truc où des imbéciles qui n’y connaissent rien s’amusent à faire comme les grands. Chacun invente des nouvelles lois universelles et s’amuse à créer des « équations virtuelles » pour le simple plaisir. « La pataphysique, ça coûte beaucoup moins cher que la « vraie » physique, c’est beaucoup plus marrant et en plus c’est vachement moins dangereux, puisque tout ce que nous découvrons est faux » nous confie Bob, nouveau prix Nobel de pataphysique. En plus, pour faire vraiment sérieux, les prochains lauréats seront tous américains, « comme ça, ça ne nous changera pas trop des autres prix Nobel » conclut un Jan Sorensen satisfait qui s’apprête enfin à conclure un partenariat sans cesse repoussé avec Coca-cola et Addidas.
Septembre 2002
11:15 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture

