15/12/2002
Droit devant
Ne jamais se retourner
sur le vide qui se crée
sur l’arrière des remparts
sur les pas dans la neige
Ne jamais se retourner
sur les histoires trop longues des livres incendiés
sur les mots prononcés au devant des falaises
sur les vaines colères des enfants prétentieux
Ne jamais se retourner
sur les amours des moineaux que l’hiver assassine
sur les espérances grandioses des révolutions sanglantes
sur la lueur d’une bougie qui crève au fond d’un verre
Ne jamais se retourner
sur les portes qu’on ferme
sur les rencontres qui n’ont pas eu lieu
sur les paroles qui traînent au fond d’une pensée
Ne jamais se retourner
avancer droit devant
affronter le néant
jusqu’à ce que les espoirs vaniteux
deviennent des vérités cyniques
jusqu’à ce qu’il ne reste
que le vide devant
que le vide derrière
jusqu’à l’oubli de la dernière pensée
jusqu’à l’effacement de la dernière trace
tomber à plat ventre dans la neige
ne pas se retourner
ne pas penser au froid
serrer les dents
serrer les poings
ne pas se retourner
tant que les vers n’auront pas digéré
toute ta cervelle
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02/12/2002
Les pas de Paris
L’humeur docile des souliers cirés
les chaussettes en coton noir
les grandes enjambées
des pas pressés
martèlent sur les trottoirs de Paris
une rengaine triste et morose
sur les dalles de béton
sur le bitume usé
dans les couloirs plastifiés
résonne la musique des chaussures parisiennes
une fois
près d’une sortie de Métro
près d’un banc
près d’un arbre
j’ai cru entendre la partition
d’un vieux compositeur congolais
tam-tam
tam-tam
tam-tam
c’était le son d’un vieux tambour
en peau de buffle
tam-tam
tam-tam
tam-tam
mais les souliers impatients
étaient trop pressés pour rester
tam-tam
dirent-ils en s’éloignant
car ils ignorent
qu’au loin
les congolais marchent nu-pied
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